Lundi 2 octobre 2006

Lettre ouverte à M. Michel Winock, professeur émérite d'histoire à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, auteur de " L'Agonie de la Quatrième République " chez Gallimard.

Cher Monsieur,

il y a des ouvrages qui apportent beaucoup. Soit parce qu'ils fournissent des éléments auxquels le lecteur n'avait pas songé jusque là soit parce qu'à partir de choses connues une synthèse éclairante rend un événement plus facilement compréhensible. Avec " L'Agonie de la IVe République " satisfaction nous est donnée sur les deux tableaux. Mieux, par la densité des matériaux et la variété des angles utilisés pour l'analyse, cette étude se hisse au rang des ouvrages de référence. A ceux qui voudront en savoir " un peu plus " sur cette période charnière, il sera difficile de passer à côté de ce livre qui fait figure d'outil indispensable. Tout y est ou presque.

En effet, la qualité du travail accompli fait regretter quelques oublis qui ont réussi à se glisser dans les intersitices du récit. et sans lesquels le lecteur serait passé du stade du contentement à celui de l'enthousiasme.

il en est ainsi du chapitre consacré à la " colonie de peuplement  " , c'est-à-dire l'Algérie française. Son contenu est fort novateur mais  l'expédition en une ligne maigrelette du décret Crémieux - qui accorda la nationalité française aux Juifs algériens en 1870 - l'affaiblit. L'histoire de ce dernier et et ses conséquences politiques mériteraient certainement quelque développement. La même impasse porte sur l'arrivée des Alsaciens et des Lorrains en Algérie en 1871. Pouvait -on être plus prolixe sur les tenants et aboutissants du " parti colonial " (entreprises, journaux, politiciens)?

Pour tout ce qui touche à la composition ethnique et socio-professionnelle de la population pied-noire, nous resterons donc sur notre faim. Incontestablement, les différentes composantes de cette communauté ne pouvaient pas avoir que des intérêts communs: les revenus - donc les capacités à rebondir en 1962 - du petit peuple de Bab el Oued et ceux de la grande bourgeoisie de la rue Michelet à Alger ne pouvaient que différer. Les agriculteurs de la Mitidja se classaient ils dans la catégorie" gros colons " ou bien, au contraire, dans celle de " petits paysans "? Voilà qui pouvait donner matière à plusieurs coups de projecteurs? Et puisqu'il faut tout dire, le poids des compagnies pétrolières anglo saxonnes dans le financement du FLN gagnait également à être mis en lumière. Là aussi, les explications sur le " grand jeu " pétrolier avaient leur place. Sans dollars, sans intendance, sans appuis diplomatiques, pas de FLN structuré, avec pignon sur rue à Tunis, à Genève et ailleurs.

Les 3 jours  clefs où tout va se jouer pour De Gaulle: 1er, 2 et 3 juin 1958. La partie de poker menteur se poursuit mais la voie légale paraît dégagée. Lorsqu'on se donne la peine de relire " L'Histoire de l'élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958 " voire la biographie de François Mitterrand par Jean Lacouture, on est obligé de constater que le professeur à l'Institut d'etudes Politiques de Paris pouvait mieux faire.

Les explications concernant le sprint des 2 et 3 juin au Palais Bourbon puis au palais du Luxembourg souffrent parfois de raccourcis abusifs qui rendent le film quelque peu obscur. A coup sûr, l'adoption de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 - sur laquelle repose tout l'édifice que va construie ensuite Charles de Gaulle - ne pouvait se réduire à une page.

Ainsi passer sous silence le mécanisme prévu par l'article 90 de la Constitution de 1946 empêche de comprendre l'exigence des 3/5e des votants - majorité indispensable si on veut faire vite et éviter le referendum  - à l'Assemblée Nationale puis au Conseil de la République.

A propos du débat à l'Assemblée Nationale concernant la loi constitutionnelle (2 juin 1958), évoquer la mni guerilla parlementaire engagée par Robert Ballanger ne nuit  certes pas mais ne suffit pas. Les sous amendements de ce dernier résentaient assurément moins de danger pour le processus engagé par le général de Gaulle que le rapport adopté par la commission du suffrage universel qui voulait que " le projet de loi constitutionnelle fût examiné par le Parlement ". Son adoption aurait alors requis " la majorité absolue des suffrages des membres composant chacune des deux Chambres ". Alerte ô combien sérieuse puisqu'il fallut le contre - feu constitué par l'amendement Apithy et trois interventions du président du Conseil - appuyant succesivement sur les touches de la crainte, du chantage et de la faltterie - pour écarter le péril.

Arriver à ses fins signifiait également pour le Général de Gaulle écouter des propos singulièrement désagréables, mais fondés. Un réquisitoire: " C'est tout de même pour moi un jour étonnant que celui où je constate que l'homme qui réclame la délégation de pouvoir constiuant est le même qui frappa autrefois les élus du peuple coupables à ses yeux d'avoir consentis à cette délégation " le 10 juillet 1940 (Jean - Louis Tixier-Vignancour) . Une réalité: " Nous n'avons pas pu obtenir des explications satisfaisantes de la part des ministres d'Etat qui sont venus à la commission du suffrage universel et l'on se demande ce que ces 5 points [ qui sont à la base du projet gouvernemental ] vont recouvrir, puisqu'on ne nous expose que les grandes lignes du projet de réforme constitutionnelle " ( Jacques Duclos ). Une accusation: " En effet, rien pour nous n'est plus redoutable que le dialogue direct entretenu entre le gouvernement et le peuple, sans que jamais les représentants de la nation n'aient l'occasion de s'exprimer " ( François Mitterrand ).

Et puisque celui qui fit De Gaulle roi s'appelait Raoul Salan, il convenait certainement de préciser la personnalité du " Mandarin ". En effet, c'est lui qui avait entre les mains le destin de Charles de Gaulle: retour aux affaires ou bien prolongation de la retraite forcée à Colombey les deux églises. Ce qui, historiquement parlant, n'a pas la même signification. En 1958, Salan était le maître du jeu, même s'il ne s'en rendait pas compte.

Pas particulièrement " gaulliste " pendant la  Deuxième Guerre Mondiale puisqu'appartenant aux troupes du Gouverneur général Boisson qui firent échec aux troupes anglo françaises qui tentèrent le coup de force de Dakar, Salan, sous la Ive république, avait la réputation d'être " légaliste " . On voyait en lui un général " républicain ", ce qui lui valut de recevoir le commandement en chef tant en Indochine qu'en Algérie. Rien ne le prédisposait donc à jouer au général putschiste.

Veuillez agréer Monsieur l'expression de mes sentiments distingués

 

PS: Puisque vous soulignez combien la Constitution du 4 octobre 1958 relève du compromis, en reproduisant l'article 1er du titre A de l'avant-projet préparé par Michel Debré à la mi juin 1958, vous auriez illustré de belle manière ce point. En effet, dans ce premier " jus ", " le président de la République est responsable de l'indépendance de la Nation et de l'intégrité de son territoire. Assisté du Gouvernement, il définit l'orientation générale de la politique intérieure et extérieure du pays et en assure la continuité ". Mais, dans le texte définitif, l'article 5 du titre II réduit son rôle à un simple " arbitrage ". Changement de tonalité et victoire provisoire de la tendance IVe République du Comité consultatif constitutionnel.

Une erreur (?) de saisie: à vous lire, 30 députés poujadistes ont accordé la confiance (p 288), puis 30 autres poujadistes la refusent (p. 289). Ce qui signifiierait que le groupe poujadiste comptait 60 membres, or il n'en comptait qu'une trentaine.

par Le Rat des Champs publié dans : carnet-de-campagne
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Lundi 2 octobre 2006

Suite à la récente publication d'un rapport alarmiste du préfet de la Seine Saint Denis sur la situation de la délinquance dans son département où les deux tiers de la population sont étrangers ou d'origine étrangère, voici mes propositions qui ne sont ni compatibles entre elles ni à prendre au sérieux:

1. Donner l'indépendance à la Seine Saint Denis et lui permettre d'adhérer à la Ligue Arabe.

2. Délocaliser la place Beauveau à Bobigny: le ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire prend directement en mains les opérations de maintien de l'ordre.

3. Créer un corps de sherifs propre à la Seine Saint Denis: chaque chef de bande deviendrait sherif tandis que ses hommes deviendraient les adjoints du sherif. Comme dans les westerns. Ca plairait. Gros succès au journal de 20h.

4. Envoyer de toute urgence en Seine Saint Denis tous les syndicalistes de la Police Nationale, les délégués syndicaux permanents. Des personnages gros et gras dont le ventre impressionnerait les délinquants des cités.

5. Diviser le département en 2 zones: l'une réservée à la Police Nationale, l'autre à la Gendarmerie Nationale. Jouer l'émulation: qui obtiendrait les meilleurs résultats? En fin de semaine, à la télévision, on récompenserait les vainqueurs. De préférence sur TF1 dans une émission du style " Qui veut gagner des millions?"

6. Transformer le département en une espèce de " Cour des miracles ": la police n'y pénètre plus. D'abord cela ferait baisser les statistiques de la délinquance. Ensuite cela permettrait de faire baisser les prix puisque les articles proposés à la vente proviendraient de vols ce qui serait bon pour le "panier de la ménagère " calculé par l'INSEE.

7. Pour améliorer l'image du département, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite construit un magnifique palais à Bobigny. Plus grand que le château de Versailles. Du coup, chaque chômeur du département deviendrait un employé du royaume saoudien.

8. Construire un chameaudrome à Bobigny réservé aux courses de chameaux. Les pays du Golfe Persique en raffolent. Ouvrir une section "jockeys" dans les lycées du département.

9. Ouvrir une section " chameaux " au PMU.

par Le Rat des Champs publié dans : carnet-de-campagne
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Jeudi 20 avril 2006
Lettre ouverte à Monsieur Karl Laske, Editions Denoël, 9 rue du Cherche Midi, 75006 Paris.
 
Cher Monsieur,
 
Effectivement " Le Destin de Brutus " ouvre des pistes que ne manqueront pas de " travailler " les équipes qui roulent en faveur de Dominique de Villepin. Aux petites mains de fourmis les bons matériaux qui feront trébucher le ministre de l'Intérieur...
 
A moins que Victor Noir, bénéficiant du concours opportun de quelques sources " amicales " auxquelles cet ouvrage aura donné des idées, ne soit en mesure de nous fournir " Le Destin de Brutus " Tome 2. De préférence avant l''élection présidentielle de 2007.
 
Travail qui s'impose afin de rectifier les faiblesses de ce qui pourrait constituer le tome 1. Ainsi silence radio sur tout ce qui concerne le financement de la mise en orbite de la fusée Sarkozy. Qui? Quand? Comment? Pourquoi? Priorité à l'essentiel.
 
Homme avisé, habitué à la tambouille des arrière-cuisines, Victor Noir sait bien que faire fonctionner une pareille machinerie a un coût. Elevé forcément. Alors qui paie? Des noms...
 
Certes, en lisant entre les lignes le chapitre " Le valet de ces messieurs ", on peut avancer quelques hypothèses quant à l'identité des esprits altruistes qui fournissent les fonds indispensables à la fabrication de la bête politique nommée Sarkozy. Mais le lecteur reste tout de même sur sa faim. Dommage.
 
Nous éclairer sur ce point s'impose donc. D'autant plus que Victor Noir pourrait d'une pierre faire deux coups en s'intéressant à l'oxygène qui permet à la maison Sarkozy de fonctionner. Mécaniquement, il remonterait aux gourous qui ont lancé Edouard Balladur dans la course à la présidentielle en 1995.
 
Seuls les naïfs - catégorie dans laquelle je me garderai bien de ranger Victor Noir - peuvent croire que le financement public dont bénéficie l'UMP peut suffire pour cette course de fond. D'autant plus qu'avant de devenir président du parti majoritaire, monsieur Sarkozy ne bénéficierait pas de cette manne. Dans la foulée, décortiquer la tuyauterie mise en place pour acheminer l'argent du robinet X au au réceptacle Y serait le bienvenu.
 
Autre insuffisance à corriger: le bilan du ministre du Budget Nicolas Sarkozy (1993-1995) en matière d'explosion de la dette publique eût gagné à bénéficier de davantage de précisions. Il est vrai que, depuis, Jean-Pierre Raffarin a fait mieux en la matière.
 
Troisième proposition: étudier de près l'action et l'image de l'élu local Nicolas Sarkozy. Que pense l'électeur ordinaire - ni PDG ni membre éminent du showbiz - de Neuilly de son ancien maire? En effet l'expérience montre que des seigneurs de la politique qui jouent - ou qui ont joué - les premiers rôles souffrent d'une implantation locale désastreuse (c'est le cas d'Alain Madelin et de Jack Lang). Conséquence d'un absentéisme forcené et d'un mépris royal pour la France d'en bas. Nicolas Sarkozy entrerait-il également dans la catégorie des élus locaux marqués par un fort déficit de proximité? Fréquenter assidument les puissants de Neuilly, c'est bien - et payant - mais encore faut-il ne point trop négliger une base dont on attend les suffrages. A vérifier.
 
Il ne reste plus à Victor Noir qu'à se remettre à l'ouvrage. Elève doué, peut mieux faire.
 
Amitiés
Le rat des champs
 
PS: Etait il nécessaire  de réchauffer le lien commun concernant les " rumeurs nausabéondes visant Claude Pompidou "? Curieusement, aucun journaliste ne s'est donné la peine d'interroger de son vivant Raymond Marcellin. Pourtant l'ancien ministre de l'Intérieur - en conversation privée - ne s'interdisait pas de raconter sa version des faits.
par Le Rat des Champs publié dans : carnet-de-campagne
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Mercredi 19 avril 2006
A Monsieur Yves AGNES, Editions Michalon, 14 rue Monsieur le Prince, 75006 Paris
 
Cher Monsieur,
il est utile de disposer d'un ouvrage qui recense les dysfonctionnements - petits et grands - du Paysage Audiovisuel Français (PAF). " Le grand bazar de l'info " répond à ce besoin. Tout ce qu'il convient de se remémorer en matière de turpitudes médiatiques y figure en effet.
 
Mais le " journalisme idéal " existe t-il? Par exemple, on ne peut vous suivre qu'avec précaution lorsque vous accordez une mention spéciale à Ouest France pour un code de déontologie spécifique au fait divers qui " engage l'éthique du journal " (p.32).
 
Tout cela est bel et bon pour qui ne se donne pas la peine de vérifier les ventes du quotidien rennais (http://www.ojd.com). Car d'année en année, la diffusion du numéro un de la presse quotidienne régionale s'effrite. L' éthique ne paierait donc pas! Peut-être parce qu'elle débouche sur la rédaction de papiers sans relief, fades et inodores. Ce qui ne correspond pas à l'attente du lecteur. Non seulement il en veut pour son argent, mais encore il veut être étonné, voire époustouflé.
 
Le client-lecteur, très important le mot " client " - est en droit de revendiquer la mise à disposition de quotidiens régionaux qui aient pour première préoccupation d'être intéressantsIntéressant , voilà l'objectif clef.
 
Intéressant, aux yeux du lecteur de base, signifie traiter les sujets qui font le sel de la vie locale: faits divers qui créent l'émotion, polémiques qui nourrissent la conversation, dossiers qui excitent la curiosité du citoyen. Si, en plus, le journal se veut précis, complet, exact, de la catégorie  intéressant , il sautera à la case  passionnant . S'il sait se montrer spécialement utile, pédagogique et distrayant, le quotidien régional devient tout de suite un produit indispensable. Bref, une drogue. Et là, la partie est gagnée.
 
Car l'objectif n°1 - que perdent souvent de vue rédacteurs en chef et journalistes - s'appelle VENTE. Impératif qui conditionne la survie de l'entreprise et le paiement des salaires à la fin du mois.
 
Qu'on le veuille ou non, le contenu fait la vente. Et, dans le cas de la presse locale, refuser de traiter sérieusement les faits divers (sous prétexte d'éthique) et les sujets chauds (parce que connivence et copinage) conduit dans le mur. A partir du moment où les sujets de conversation qui font saliver la population ne se retrouvent pas dans le quotidien régional ou dans l'hebdo local, on a le droit d'être inquiet pour leur avenir.
 
Vivre dans la France profonde permet d'apprendre que seuls deux ou trois types de sujets déclenchent l'acte d'achat du quotidien ou de l'hebdomadaire: ceux qui font causer. Malheureusement, journalistes et lecteurs hiérarchisent l'actualité différemment. Ils ne portent pas les mêmes lunettes. Ce qui intéresse les uns laisse les autres indifférents. Et vice-versa. Un exemple: le chef d'une édition locale d'un quotidien régional accorde beaucoup d'importance à l'arrivée d'un nouveau sous-préfet ce dont le lecteur de base se contrefiche. En revanche, ce dernier va réagir fortement à l'augmentation de la baguette de pain par les boulangers de la ville. Petit fait - mais gros mécontentement chez les clients - qui échappe totalement au localier. Résultat: cette incompréhension favorise la baisse des ventes.
 
Voilà donc un thème neuf à aborder de toute urgence dans les écoles de journalisme: fabriquer des journaux intéressants, c'est assurer la vente. Intéressants aux yeux des lecteurs bien entendu. Ce qui reviendrait, par exemple, à révolutionner le contenu de Ouest France. A ce propos, prière de ne pas confondre " contenu " et " relookage ". A vouloir tout calibrer, on fait plat. A vouloir privélégier à la une l'info nationale, on passe à côté des préoccupations locales qui, pourtant, sont le moteur de la vente. A vouloir se disperser dans tous les registres (international, national, régional et local), on est souvent ridicule dans les deux premiers et insuffisants dans les deux derniers (cf " Le Progrès " de Lyon).
 
Puisque " Le grand bazar de l'info " ne peut être que le premier tome d'une oeuvre beaucoup plus vaste, il conviendrait d'envisager la rédaction d'un second plus orienté vers le contenu " La grande révolution de l'info ". En clair, qu'est ce qu'attendent les lecteurs en 2006? Qu'est ce qui fait vendre? Quel est le bon équilibre à trouver pour rendre un quotidien régional intéressant?
 
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués
 
PS: dans votre tour d'horizon du mal journalistique, vous avez oublié les " ménages ". Une star du journalisme radiophonique semble en être friande: Jacques Paoli, l'homme qui donne chaque matin ( de 7 à 8h) sur France Inter des leçons de morale, interviewant le matin des PDG des Galeries Lafayette sans annoncer que, le soir même, il animera une soirée aux mêmes Galeries Lafayette.
par Le Rat des Champs publié dans : carnet-de-campagne
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Jeudi 30 mars 2006
Lettre ouverte à M Eric LE BOUCHER, Editions Grasset, 61 rue des Saints Pères, 75006 Paris.
 
Cher Monsieur,
 
la lecture du quotidien " Le Monde " devrait s'imposer à tous, y compris à ses rédacteurs. Ce qui pourrait éviter aux uns et aux autres de s'aventurer sans précaution sur le terrain des idées toutes faites.
 
Votre essai gentiment intitulé " Economiquement incorrect " ne peut que nous conforter dans cette conviction: on lit " Le Monde " d'abord, on écrit ensuite. Surtout lorsque, comme vous, on appartient à la catégorie des éditorialistes maison.
 
Quelques exemples afin d'illustrer cet impératif.
 
1) A propos des pauvres aux USA (page 22)
 
Vous faites dire à un " économiste européen " mobilisé pour les besoins de la cause: " Il y en a d'ailleurs un peu moins ". Malheureusement, " Le Monde " n'est pas de cet avis. Aux dernières nouvelles, il y aurait, au contraire, un petit million de pauvres supplémentaires. Même rapporté à une population de 293 millions d'habitants, ce chiffre ne mérite pas les félicitations du jury.
 
WASHINGTON. D'après les chiffres publiés mardi 30 août, par le Bureau National des Statistiques (Census), on recense 1,1 million de nouveaux pauvres aux Etats Unis. Le nombre de pauvres, dans le pays ayant l'économie la plus puissante du monde, a donc atteint 37 millions en 2004, parmi lesquels 15,6 millions de " très pauvres " (5,4% de la population américaine). Désormais, 12,7% des Américains sont considérés comme " pauvres ".
Le Monde, 1er septembre 2005.
 
2) Le taux de chômage du Royaume Uni ( page 134)
 
En reprenant à votre compte le chiffre de 4,6%, vous oubliez de préciser qu'il s'agit des statistiques officielles qui ne considèrent qu'une fraction des personnes privées d'emploi.
 
Vous trouverez la réponse à cette question dans " Le Monde Economie " (7 juin 2005): Miracle à l'anglaise?
 
Selon les statistiques officielles, le nombre de demandeurs d'emploi - 839 400 personnes soit 2,7% de la population active - se situe à son plus bas niveau depuis 30 ans. Selon les normes du Bureau International du Travail (BIT) qui inclut dans son calcul les chômeurs non indemnisés, le taux de chômage s'établit à 4,6% de la population active soit 1,4 million de personnes.
Le " miracle britannique " est certes tiré par la bonne santé économique du pays, avec notamment un taux de croissance de 3,1% en 2004, mais il repose aussi sur d'autres moteurs. Depuis 1997, 850 000 emplois, soit 45% des emplois créés l'ont été ... dans le secteur public. La faiblesse actuelle du chômage britannique résulte en grande partie du choix fait par le gouvernement travailliste de renforcer les effectifs des services publics (enseignants, policiers, infirmiers, etc.).
Mais deux ombres, moins avouables, planent sur ces bonnes performances: le nombre des " invalides " c'est-à-dire les personnes ayant renoncé à chercher un emploi et dépendantes de l'aide sociale, a grimpé en flèche pour atteindre 2,8 millions. Le Royaume Uni connaît aussi une recrudescence de travailleurs pauvres et de pauvres en général, qui, selon les statistiques gouvernementales, représentent 17% de la population britannique.
Le Monde Economie, 7 juin 2005.
 
3) Le débat concernant l'hyperpuissance américaine (pages 8 et 17)
 
La " suprématie dans tous les domaines " est-elle mythe ou réalité?
 
Là encore, lire " Le Monde ", c'est contester cette affirmation péremptoire. Les données fournies par " Le Monde Economie " du 3 novembre 2004 dynamitent la statue de l'hyperpuissance. En tout cas dans le domaine commercial. Que ce soit pour l'exportation de marchandises ou celle des services, l'Union Européenne à 15 fait la course en tête. Ecart qui n'a pu que s'accentuer avec le passage à 25.
 
Même " Le Figaro " estime que " l'Europe des 25 reste le premier marché mondial ". En 2004, le PIB de l'Union Européenne occupe la première place avec 10 763 milliards d'€. Celui des USA arrive derrière avec 10 170 milliards d'€.
 
Exportation de marchandises en 2003
USA: 724 milliards $ soit 9,9% du commerce mondial de marchandises
UE à 15: 2 834 milliards $ soit 39,8% du commerce mondial de marchandises
 
Exportation de services en 2004
USA: 282 milliards $ soit 16% du commerce mondial de services
UE à 15: 802 milliards $ soit 45,2% du commerce mondial de services
Source: Organisation Mondiale du Commerce
Le Monde Economie, 3 novembre 2004.
 
A coup sûr, la " suprématie " de " l'hyperpuissance " ne s'affirme pas dans tous les domaines.
 
D'autres lieux communs font leur petit tour de piste dans cet " Economiquement incorrect ".
 
Faute de munitions fournies par " Le Monde ", je me vois contraint de faire appel à d'autres journaux pour remettre les choses à l'endroit.
 
Ainsi les USA auraient " terrassé le chômage ". Mieux , la croissance assure le " plein emploi " ( pages 17 et 19). Tout le monde n'est pas de cet avis.
 
13 745 000 personnes. C'est le nombre réel d'Américains sans emploi, fin août, selon Challenger, Gray et Christmas, soit 4,5 millions de plus que les statistiques officielles. Explication: le cabinet spécialisé dans l'outplacement intègre dans ses chiffres les personnes sans travail " qui n'ont pas recherché un emploi durant le dernier mois ", exclues des enquêtes fédérales. Le taux de chômage grimpe ainsi à 9,1%, contre 6,1% officiels.
L'Expansion, octobre 2003.
 
4) " Le chômage est réduit dans certains pays européens comme la Suède ou le Danemark " (page 21)
 
Là encore, n'aurions pas nous affaire à une de ces croyances que les journalistes colportent sans vérification aucune ? Un article publié par " Libération " (27 mai 2005) nous apporte un autre son de cloche: " Et si la Suède avait beaucoup plus de chômeurs?". Il y est question d'un taux réel de 19,7% alors que le taux officiel est de 5,5%. Il suffit d'ajouter les personnes en réinsertion (3%), les préretraités (10,1%) et - particularité suédoise - les gens en arrêt maladie aux 5,5% qui font le bonheur des économistes abonnés des studios de radio et des plateaux de télévision.
 
Certes l'économie ne prétend pas être une science exacte mais ses analystes les plus en vue gagneraient tout de même à prendre de la distance par rapport aux idées à la mode. Sinon le titre " Economiquement incorrect " pourrait sembler usurpé ou bien résulter d'une simple erreur d'impression. Aurait il fallu plutôt lire: " Economiquement correct?"
 
Et puis n'oublions pas la nécessité de mériter les trois adjectifs utilisés par la publicité publiée dans " Le Monde " du 9 décembre 2005 en faveur de votre ouvrage: MORDANT, c'est vrai. BRILLANT, c'est vrai. JUSTE, pas toujours vrai.
 
Je vous prie d'agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.
 
                                                    Le Rat des Champs
 
par Le Rat des Champs publié dans : carnet-de-campagne
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